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CULTURE


  • Le film : Aguirre, la colère de Dieu

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Aguirre, la colère de Dieu (Aguirre, der Zorn Gottes) est un film allemand de Werner Herzog sorti en 1972, dans la mouvance du nouveau cinéma allemand. Il s'inspire notamment du roman de Ramón J. Sender La aventura equinoccial de Lope de Aguirre (1968).

  • Une image du film
    Aguirre vers le mauvais chemin du pouvoir et de l'or
  • Une image du film
    Aguirre, illuminé et mégalomane

Synopsis

Au XVIe siècle, une expédition espagnole mandatée par Pizarro part à la recherche de l'Eldorado sous les ordres de Pedro de Ursúa. Lope de Aguirre, l'un de ses lieutenants, illuminé et mégalomane, s'oppose à son autorité. Ses actions pour saboter l'expédition se multiplient. Lorsqu'Ursúa ordonne un arrêt des recherches, Aguirre lance une mutinerie contre lui et impose le "sacre" d'un noble du groupe, Fernando de Guzmán, comme "empereur d'Eldorado". Il fait exécuter les partisans de l'ancien chef, à l'exception d'Ursúa lui-même qui est épargné par Guzmán. Les hommes restants, sous les ordres d'Aguirre et Guzmán, embarquent à bord d'un radeau et descendent le fleuve dans l'espoir de trouver la cité d'or.

  • Une image du film
    L'épaisse et angoissante forêt se referme comme un piège

Fiche technique

  • Titre original : Aguirre, der Zorn Gottes
  • Réalisation : Werner Herzog
  • Scénario : Werner Herzog
  • Photographie : Thomas Much
  • Montage : Beate Mainka-Jellinghaus
  • Musique : Popol Vuh
  • Production : Werner Herzog pour Werner Herzog Filmproduktion
  • Budget : 370 000 $
  • Pays d'origine : Allemagne
  • Langue : allemand
  • Format : Couleur - 1,33:1 - son mono - 35 mm
  • Durée : 93 minutes
  • Lieux de tournage : Cuzco, río Huallaga, rivière Nanay, río Urubamba
  • Dates de sortie : 29 décembre 1972 (Allemagne), 16 mai 1973 (France, festival de Cannes), 26 février 1975 (France, sortie en salles), 3 avril 1977 (USA)
  • Une image du film Les premiers signes de l'interrogation

  • Une image du film
    La troupe commence à douter

Distribution

  • Klaus Kinski (VF : Edmond Bernard) : Don Lope de Aguirre
  • Helena Rojo (VF : Béatrice Delfe) : Inez de Atienza
  • Del Negro (VF : Jean Topart) : Don Gaspar de Carvajal
  • Ruy Guerra : Don Pedro de Ursúa
  • Peter Berling : Don Fernando de Guzman
  • Cecilia Rivera : Flores de Aguirre
  • Daniel Ades (VF : Jacques Balutin) : Perucho
  • Armando Polanah (VF : Daniel Gall) : Armando
  • Edward Roland : Okello
  • Daniel Farafan, Alejandro Chavez, Antonio Marquez, Julio Martinez, Alejandro Repullès : Les Indiens
  • Une image du film Au milieu de ses troupes vers un avenir incertain

La scène finale

Il faut commencer par le soleil de la scène finale. La caméra le filme en plein durant quelques secondes. Le plan est donc très court, mais le film ne fonctionne pas sans. Car ce soleil est le personnage principal : la mort. Cette mort, qu'on ne peut pas regarder en face faute de se brûler les yeux, brille tout en haut, et éclaire le radeau de fortune d'Aguirre. Sous cette lumière, le misérable Aguirre est soumis à la même condition que les singes qui l'entourent : disparaitre.

Projetons cette scène finale, elle seule, et le ressenti du spectateur serait équivalent à celui d'un western réussi. Mais tout le film la précède. Et ce film, en serpentant lentement vers sa fin mystique, la gonfle d'une puissance formidable. "Extatique", c'est le mot que Werner Herzog râbache sans cesse pour décrire son travail ; il a bien atteint son but ici.

Ce qui donne cette puissance, ce flux d'entrée au tourbillon final, c'est l'acharnement d'Aguirre tout au long du fleuve. Il veut défier sa condition. Et de deux manières : se reproduire avec sa fille pour s'assurer un ersatz d'éternité, et trouver l'Eldorado. Une terre et une descendance : deux vœux plein d'humilité, qu'Aguirre transforme en deux provocations arrogantes.

  • Une image du film Seul face à son funeste destin

La première provocation

La première provocation, la descendance "pure", est tuée en même temps que la fille d'Aguirre, en prélude à la scène finale ; la mort est rapide et artistiquement convenue, comme le sont celles des autres personnages. C'est la preuve d'une ironie fantastique : la mort de la fille d'Aguirre ne vaut pas plus que celles des autres. Elle est uniquement vouée à mettre le personnage central dans une solitude complète, car tel l'exige la colère de Dieu.

La mort des personnages entourant Aguirre n'est qu'un moyen de mettre en place la scène finale. C'est une manie chez Werner Herzog de se moquer du moyen, parfois avec beaucoup d'humour. "Rescue Dawn" en est le meilleur exemple. Ce film accumule les poncifs dans son introduction et sa conclusion, alors qu'il est tout-à-fait original dans sa partie intérieure, celle où le héros est prisonnier. C'est que l'introduction et la conclusion, à prendre au second degré, ne sont que des moyens de mettre en place, et en contraste, la partie sur la captivité. C'est pareil pour Aguirre. Le même second degré, qui se moque de comment peuvent bien mourir les gens autour du personnage central, du moment qu'ils meurent.

La seconde provocation, pour qui la première a donc été remerciée, est celle de l'Eldorado. Le court monologue de la scène finale est révélateur : après avoir invoqué les cieux à propos de sa fille, Aguirre, dans un éclair de conscience, matérialise la seconde : "Qui d'autre est avec moi ?"

  • Une image du film
    Mieux diviser pour obtenir le pouvoir
  • Une image du film
    Aguirre parmi les spadassins Espagnols
  • Une image du film
    A la recherche de l'inaccessible Eldorado

L'Eldorado : "Qui d'autre est avec moi ?"

Le bateau accroché au sommet d'un arbre en est l'allégorie parfaite : une prise de conscience irréaliste au milieu de la folie et des morts. De la jungle primaire et inconnue, arrive à s'extraire, dans un effort magnifique, une civilisation tout entière : "Qui d'autre est avec moi?". L'Eldorado mythique, c'est cette question, posée avant la mort.

La réponse s'est lentement fabriquée durant le voyage, elle est maintenant claire pour Aguirre et le spectateur : tu es seul ! Tu es une civilisation, mais une civilisation seule ! D'où ce sentiment tout particulier que peut ressentir à ce moment le spectateur, cette extase triste, qui est exactement celle, à la larme près, produite par les tableaux d'Edward Hopper dans les années 1940.

  • Une image du film
    Le fantastique acteur Klaus Kinski dans une interprétation magistrale

Autour du film

  • L'histoire du conquistador Aguirre, inspirée notamment des chroniques de Gaspar de Carvajal (comme indiqué au début du film), est authentique mais la réalité va beaucoup plus loin que la fiction du film : loin de se perdre sur l'Amazone comme le laisse croire la fin du film, il parvint jusqu'à l'Atlantique avec sa troupe et attaqua les possessions espagnoles.
  • Au début du film, Aguirre donne à sa fille un petit paresseux.
  • Le film fut tourné en 6 semaines au Pérou.
  • Les scènes des rapides furent faites sur des rapides extrêmement dangereux, les techniciens étaient attachés par des cordes aux radeaux et Werner Herzog ainsi que son opérateur furent à la merci des vagues et des tourbillons.
  • Klaus Kinski était tellement hystérique sur le plateau de tournage qu'il fit peur aux indiens à chaque fois qu'il se disputait avec Herzog.
  • Un jour, Kinski demanda à Herzog de renvoyer sans raison des membres de l'équipe. Ayant refusé, le réalisateur s'est attiré les foudres de l'acteur et celui-ci menaça de quitter le plateau. Herzog dit alors à l'acteur que s'il faisait mine de partir il le ferait fusiller et Kinski se mit alors à hurler "Police" au milieu de la jungle. Il n'y avait pas un village à moins de 650 km1.

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